La ministre déléguée auprès du ministre des Armées, Alice Rufo, a été reçue samedi par le président Abdelmadjid Tebboune, à qui elle a remis un message du président Emmanuel Macron. Sa visite s'inscrit dans un contexte où Benjamin Stora a exprimé l'espoir que le dossier mémoriel franco-algérien retrouve son élan après près de deux ans de stagnation. Alice Rufo a déclaré que « la vérité est que le 8 mai 1945, alors que la France célébrait la victoire sur la barbarie, des événements tragiques se déroulaient simultanément à Sétif, Guelma et Kherrata ». Cette rencontre de haut niveau note l'importance que les deux capitales accordent à la relance de leur dialogue bilatéral, notamment sur les questions historiques.
Visites et messages diplomatiques
Les échanges diplomatiques se sont intensifiés récemment, plusieurs personnalités françaises s'étant rendues en Algérie. Cette série de visites témoigne d'une volonté manifeste de part et d'autre de consolider les liens bilatéraux. Le ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a ainsi effectué une visite en Algérie en février, où il a été reçu par le président Abdelmadjid Tebboune. Cette rencontre a permis d'aborder des sujets clés de la coopération franco-algérienne. Patrick Martin, président du mouvement français MEDEF, a également conduit une délégation d'hommes d'affaires français en Algérie, signalant un intérêt renouvelé pour le partenariat économique. Parallèlement, Anne-Claire Legendre, directrice de l'Institut du Monde Arabe à Paris et ancienne conseillère à l'Élysée pour l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, s'est rendue en Algérie à l'invitation de la ministre de la Culture, Malika Bendouda, pour des discussions sur les échanges culturels. Ségolène Royal, présidente de l'« Association France-Algérie », a également effectué une visite et a été reçue par le Président de la République, renforçant l'idée d'une dynamique positive dans les relations. Ces déplacements successifs illustrent une phase de réengagement diplomatique et politique entre Paris et Alger.
Le dossier mémoriel en stagnation
L'historien Benjamin Stora, qui dirige le comité mixte français chargé de la recherche sur le dossier mémoriel, a pris part à la délégation française reçue par le ministre des Moudjahidine et des Victimes de guerre, Abdelmalek Tacherif. Sa présence au sein de cette délégation a été perçue comme un signal fort. La présence de Benjamin Stora à cette rencontre suggère une volonté française de relancer le dossier mémoriel, selon des sources proches des discussions. Son rôle en tant que chef de la partie française du comité mixte note l'importance accordée à la dimension historique des relations. Cependant, aucune date précise n'a été fixée pour la reprise des consultations avec la partie algérienne du comité mixte, présidée par l'historien Mohamed Lahcen Zghidi, ce qui maintient une certaine incertitude quant à l'avancement concret des travaux.
Les travaux de ce comité mixte algéro-français sur le dossier mémoriel sont à l'arrêt depuis la décision du président français Emmanuel Macron de soutenir le plan d'autonomie du Maroc concernant la question du Sahara occidental en juillet 2024. Cette position française avait provoqué une période de gel dans les relations bilatérales, impactant directement les avancées sur les questions mémorielles et soulignant la fragilité des équilibres diplomatiques entre les deux pays. La relance du dialogue sur le dossier mémoriel est donc conditionnée par la capacité des deux nations à surmonter les obstacles politiques récents.
Appels au courage historique
Alice Rufo a déclaré vendredi à Sétif qu'« il faut avoir le courage de regarder l'histoire telle qu'elle s'est déroulée, en respectant la mémoire de l'Algérie et de la Guerre d'Algérie ». Cette déclaration s'inscrit dans un appel à la reconnaissance des événements historiques, insistant sur la nécessité d'une approche honnête et respectueuse du passé. Elle a souligné l'importance de faire face aux réalités historiques, même les plus difficiles, pour construire un avenir apaisé.
La ministre déléguée a également rappelé que le 8 mai 1945, « alors que la France célébrait la victoire sur la barbarie, des événements tragiques se déroulaient simultanément à Sétif, Guelma et Kherrata », comme elle l'a affirmé. Cette observation met en lumière la coexistence de célébrations en France et de violences en Algérie à la même date, soulignant la complexité et les traumatismes du passé commun. Ces propos, tenus sur le sol algérien, résonnent particulièrement et témoignent d'une volonté d'aborder les pages sombres de l'histoire avec lucidité.
Contexte des relations bilatérales
Depuis le réchauffement des relations algéro-françaises constaté au cours des premiers mois de cette année, plusieurs dossiers bilatéraux ont été abordés. Les discussions ont notamment porté sur l'immigration et la coopération en matière de sécurité, selon des sources proches des échanges. Ce regain d'activité diplomatique s'inscrit dans une période où les deux nations cherchent à redéfinir les bases de leur partenariat. Les rencontres de haut niveau se sont multipliées, signalant une volonté politique de part et d'autre de dépasser les phases de tension antérieures. La relance de ces thématiques s'inscrit dans un cadre plus large de dialogue entre Paris et Alger, visant à renforcer les liens dans des domaines stratégiques pour les deux pays. Cette dynamique a ouvert la voie à une potentielle reprise des consultations sur d'autres sujets sensibles, comme le dossier mémoriel, dont la stagnation avait pesé lourdement sur la relation bilatérale.