Occupation illégale des trottoirs et routes en Algérie : un fléau qui étouffe les villes

En Algérie, l'occupation illégale des trottoirs et des voies publiques par certains commerçants transforme de nombreuses agglomérations en espaces exploités de manière anarchique. Cette pratique engendre des perturbations quotidiennes pour les usagers. Le stationnement sauvage et l'étalage de marchandises à même la rue sont identifiés comme des causes majeures de ces entraves. Ces agissements créent des embouteillages récurrents, affectant la fluidité de la circulation urbaine. Les trottoirs et les routes de nombreuses villes sont ainsi devenus des espaces exploités de manière aléatoire par certains propriétaires de magasins, nuisant à l'ordre public et à la sécurité.

L'étalement commercial anarchique

Le problème s'étend aux routes, notamment devant les cafés, les fast-foods et les marchés de fruits et légumes, où des empiétements sont observés. Dans certaines rues commerçantes, la distinction entre la chaussée et le trottoir est rendue floue par l'activité commerciale désordonnée. Une enquête menée dans la ville de Khenchela a documenté que les trottoirs y deviennent des extensions de magasins et que les routes sont utilisées pour l'étalage de marchandises. Les vendeurs de rue et les propriétaires de charrettes de fruits et légumes contribuent également à cette propagation aléatoire dans les quartiers et les artères urbaines. Des cafés exploitent des trottoirs entiers et, parfois, des portions de la chaussée en y installant des tables et des chaises. Ce phénomène est d'autant plus préoccupant que certains propriétaires de magasins étalent leurs marchandises de manière excessive à l'extérieur de leurs boutiques, transformant les trottoirs en véritables espaces de stockage à ciel ouvert.

L'occupation des espaces publics est particulièrement visible dans des zones comme le quartier de la route de Batna, à Khenchela. Des marchands y installent des étals qui débordent fréquemment sur la voie publique, rendant difficile la circulation des piétons et des véhicules. Ce phénomène n'est pas limité à Khenchela, mais se manifeste dans de nombreuses agglomérations algériennes, altérant l'aménagement urbain. La situation est exacerbée par l'absence d'espaces dédiés suffisants pour les commerçants, les poussant à utiliser des lieux non autorisés. Cet usage non réglementé des trottoirs et des routes entrave la fluidité des déplacements et compromet la sécurité des usagers, en particulier celle des piétons contraints de marcher sur la chaussée. Les aménagements prévus pour les personnes à mobilité réduite ou les poussettes se trouvent également bloqués par ces installations. La prolifération de ces points de vente improvisés génère en outre des déchets et un entretien plus complexe des espaces urbains. Le stationnement anarchique et l'étalage de marchandises dans la rue sont des facteurs quotidiens qui créent des embouteillages persistants.

Conséquences sur la vie quotidienne

Les piétons sont contraints de circuler sur la chaussée, au milieu des voitures et des motos, en raison de l'occupation des trottoirs par des étals et des installations commerciales. Cette situation crée des risques accrus pour leur sécurité et perturbe la fluidité des déplacements urbains. Des usagers rapportent devoir slalomer entre les obstacles pour se frayer un chemin, ce qui complique notamment la mobilité des personnes âgées et des parents avec des poussettes. L'absence d'espaces dédiés aux piétons les force à partager la voie avec les véhicules, augmentant les risques d'accidents et la probabilité de collisions.

Dans certaines zones résidentielles, les rues sont presque entièrement obstruées, particulièrement en soirée et lors d'événements spécifiques. Cette congestion entrave non seulement la circulation des véhicules privés, mais aussi celle des transports en commun, créant des retards significatifs. L'encombrement est tel que les résidents peinent à accéder à leurs domiciles, et les livraisons de marchandises ou l'accès aux services d'urgence sont fréquemment compromis. Cette situation s'aggrave pendant les périodes de forte affluence commerciale, transformant des axes routiers en zones de quasi-immobilisation.

Des quartiers résidentiels de Khenchela ont perdu leur caractère initial, se transformant progressivement en zones commerciales surchargées. Cette mutation s'accompagne d'une pression accrue sur les infrastructures locales et d'une dégradation du cadre de vie des habitants. La prolifération des commerces informels et l'expansion des étals sur l'espace public modifient l'esthétique et la fonctionnalité de ces zones, qui étaient initialement conçues pour l'habitat. Les résidents se plaignent d'une augmentation du bruit, de la pollution et de la réduction des espaces verts, autrefois des lieux de détente.

Des embouteillages se produisent même dans les petites ruelles, où la circulation est d'ordinaire plus fluide. Ces blocages entravent parfois le passage des ambulances ou des véhicules de la protection civile, menaçant la capacité d'intervention rapide des services d'urgence. Les voies secondaires, souvent utilisées comme alternatives aux grands axes saturés, sont à leur tour engorgées par l'occupation anarchique. Cette difficulté d'accès aux équipements publics et aux zones résidentielles, due à l'encombrement, pose un problème de santé publique et de sécurité civile.

Cadre légal et application

L'exploitation des trottoirs et des routes sans permis constitue une violation manifeste de la propriété publique, comme l'explique le professeur Abdelhakim Bransi, professeur de droit administratif. Il a déclaré que « la loi algérienne est claire en ces matières ; les routes et les trottoirs font partie de la propriété publique des collectivités locales, et aucun commerçant ou citoyen n'a le droit d'empêcher les autres de les utiliser ou de les monopoliser, sauf dans le cadre d'un permis administratif spécifique et précis. » L'occupation de ces espaces sans autorisation, ou au-delà des limites d'un permis, est considérée comme une infraction, surtout lorsqu'elle obstrue la circulation ou met en danger les piétons. La législation algérienne considère en effet les routes et les trottoirs comme des biens publics appartenant aux collectivités locales. L'exploitation des trottoirs et des routes sans permis est une violation claire de la propriété publique.

La municipalité de Khenchela mène des campagnes périodiques de libération des trottoirs et des dépendances du domaine public, en coordination avec les services de sécurité. Mourad Charif, employé de la municipalité de Khenchela, a indiqué que « la municipalité a reçu plusieurs plaintes de citoyens concernant l'exploitation des trottoirs et des routes, et des instructions ont été données pour intensifier les opérations de contrôle et de sensibilisation, avec des mesures légales prises à l'encontre des contrevenants. » Il a ajouté que les autorités locales « cherchent à trouver un équilibre entre le droit du commerçant d'exercer son activité et le droit du citoyen d'utiliser l'espace public en toute facilité. » Les services municipaux ont enregistré des centaines d'interventions ces dernières années, comprenant des opérations de retrait d'empiétements, des contrôles sur le terrain et des procès-verbaux d'infraction. Ces centaines d'interventions témoignent de l'ampleur du problème et des efforts déployés par les autorités pour y faire face.

Réactions et perspectives

De nombreux citoyens ont exprimé leur mécontentement face à l'occupation illégale des trottoirs, un phénomène particulièrement visible devant les établissements commerciaux et les cafés. Certains propriétaires de magasins étalent leurs marchandises de manière excessive à l'extérieur de leurs boutiques, transformant les trottoirs en espaces de stockage à ciel ouvert. Les habitants de Khenchela, en particulier, réclament une intervention plus rigoureuse de la part des autorités locales et des services de sécurité pour remédier à cette situation. Cette problématique, au-delà de son aspect légal, est également liée à la culture du respect de la propriété publique. L'encombrement généré par ces pratiques commerciales entrave la libre circulation et la sécurité des piétons, suscitant des appels à une application plus stricte des régulations existantes. Le mécontentement des citoyens est palpable face à cette situation qui affecte leur quotidien.