L'Algérie, pilier de la nouvelle stratégie énergétique verte de l'UE en Méditerranée

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Quinze ans après l'échec du projet Desertec, l'Union européenne lance une nouvelle stratégie ambitieuse axée sur la rive sud de la Méditerranée pour le développement des énergies propres. Cette initiative anticipe et vise à catalyser la transformation de la région en un pôle majeur d'électricité verte, d'hydrogène renouvelable et de technologies bas-carbone. Le programme, baptisé T-MED (coopération transméditerranéenne en matière d’énergies renouvelables et de technologies propres), a pour objectif de stimuler le développement de l'hydrogène renouvelable et des technologies bas-carbone à travers des partenariats stratégiques. Un responsable européen a d'ailleurs souligné l'immense potentiel de la région en affirmant qu'« une petite partie du territoire algérien suffirait à couvrir tous les besoins énergétiques de l'Europe ».

Les objectifs de l'Union européenne sont multiples et stratégiques : il s'agit de sécuriser ses approvisionnements énergétiques dans un contexte géopolitique fluctuant, de soutenir activement son industrie verte en lui offrant de nouvelles opportunités de croissance et d'accélérer de manière significative la décarbonation de son économie pour atteindre ses objectifs climatiques. De son côté, l'Algérie voit dans cette collaboration une opportunité majeure de transformer sa richesse naturelle, notamment son potentiel solaire, en un levier puissant pour le développement économique durable, la diversification de son économie au-delà des hydrocarbures et l'avancement technologique. Cette synergie d'intérêts crée un terrain fertile pour une coopération renforcée et mutuellement bénéfique.

Un nouveau pacte pour l'énergie

L'Algérie dispose d'atouts naturels et industriels considérables qui la positionnent comme un partenaire clé de cette nouvelle stratégie européenne. Son ensoleillement exceptionnel, l'un des plus élevés au monde, ses vastes espaces sahariens non exploités, son expérience industrielle avérée dans le domaine de l'énergie, et son réseau gazier existant, qui pourrait être adapté, sont jugés essentiels pour la mise en œuvre réussie de la stratégie T-MED. Ces ressources naturelles et infrastructures existantes offrent un avantage comparatif significatif pour la production massive d'énergies renouvelables et d'hydrogène vert.

Consciente de l'ampleur des investissements nécessaires, l'Union européenne prévoit de mobiliser des ressources financières substantielles. Jusqu'à 25 milliards d'euros d'investissements supplémentaires sont envisagés dans les secteurs de l'énergie et des technologies propres d'ici 2035, afin de soutenir les projets dans les pays partenaires. Ce financement est clé, d'autant plus que le continent africain, malgré son immense potentiel en énergies renouvelables, n'a capté que 2% des flux d'investissements internationaux dans ce domaine en 2024. Les besoins estimés en investissements pour les énergies renouvelables dans les pays partenaires de la Méditerranée se situent entre 75 et 120 milliards d'euros d'ici 2030, soulignant l'ampleur du défi et de l'opportunité.

Pour faciliter ces investissements et structurer la coopération, une plateforme d'investissement T-MED sera mise en place et deviendra opérationnelle en septembre 2026. Cette plateforme sera soutenue par 5 milliards d'euros de garanties européennes, visant à dérisquer les projets et à attirer davantage de capitaux privés. Un dialogue politique de haut niveau entre l'Union européenne et l'Algérie s'est déroulé à Alger en février 2026, marquant une étape importante dans l'élaboration de cette feuille de route commune et la discussion de ces initiatives stratégiques. La plateforme d'investissement T-MED tiendra sa première réunion en octobre 2026, concrétisant ainsi le lancement opérationnel de ce mécanisme de financement et de coordination, et marquant une étape clé dans la mise en œuvre concrète de ces projets d'envergure.

L'Algérie, atout majeur de la transition

L'Algérie, forte de ses ambitions nationales en matière d'énergies renouvelables, est déjà engagée dans des projets concrets. Le pays prévoit le lancement de vingt centrales solaires photovoltaïques cette année, s'inscrivant dans un programme ambitieux de déploiement de 3 000 mégawatts de capacité solaire. Ces initiatives s'intègrent dans un objectif solaire national beaucoup plus large et stratégique, visant une capacité totale de 15 000 mégawatts d'ici 2035, ce qui représenterait une contribution significative à la production d'énergie propre.

L'entreprise publique Sonelgaz, acteur majeur du secteur énergétique algérien, a annoncé en mai 2026 la connexion de 400 mégawatts supplémentaires au réseau électrique national. Ces ajouts de capacité sont essentiels pour renforcer l'infrastructure énergétique du pays, améliorer la stabilité du réseau et préparer l'intégration future de volumes encore plus importants d'énergies renouvelables. Ces projets démontrent la capacité de l'Algérie à développer et à intégrer des sources d'énergie propre à grande échelle.

Au-delà de la consommation nationale, la possibilité de la construction d'un câble électrique sous-marin vers l'Europe a été mentionnée publiquement par Sonelgaz. Ce projet potentiel, s'il se concrétise, pourrait transformer l'Algérie en un exportateur majeur d'électricité verte. Il faciliterait le transport direct de l'électricité propre générée en Algérie vers le continent européen, renforçant ainsi les liens énergétiques entre les deux rives de la Méditerranée et contribuant de manière significative à la sécurité énergétique de l'Europe tout en favorisant la décarbonation.

Projets d'infrastructure et coopération

L'initiative européenne T-MED ne se limite pas aux investissements financiers et aux projets de production. Elle inclut également un volet essentiel d'accompagnement et de renforcement des capacités. Il s'agit notamment de l'accélération des réformes administratives dans les pays partenaires pour créer un environnement plus propice aux investissements, de la modernisation des réseaux énergétiques existants pour les rendre compatibles avec les nouvelles sources d'énergie renouvelable et de la formation de 100 000 travailleurs qualifiés. Ces mesures visent à soutenir le développement des infrastructures énergétiques nécessaires et à renforcer les capacités humaines indispensables à la réussite de la transition énergétique dans la région. Elles accompagnent ainsi les efforts de déploiement des énergies renouvelables et des technologies propres en Méditerranée de manière holistique.

Le projet de Corridor Sud 2 (South2 Corridor) constitue un élément central et structurant de cette stratégie infrastructurelle de la T-MED. Ce projet d'envergure prévoit la conversion d'un gazoduc de 3 300 kilomètres, actuellement utilisé pour le transport de gaz, pour le transport d'hydrogène renouvelable. Il est conçu pour relier l'Afrique du Nord, notamment l'Algérie, à l'Italie, puis à l'Autriche et à l'Allemagne, créant ainsi une véritable autoroute de l'énergie verte. L'objectif est de créer une voie de transport majeure et sécurisée pour l'hydrogène renouvelable produit dans la région vers les grands centres de consommation en Europe centrale, répondant ainsi à la demande croissante en carburants propres.

Ce projet de Corridor Sud 2 a été reconnu par la Commission européenne comme un projet d'intérêt commun européen (PCI). Cette désignation officielle note son importance stratégique non seulement pour la sécurité énergétique de l'Union européenne, mais aussi pour l'atteinte de ses objectifs ambitieux de décarbonation. Le statut de PCI facilite grandement son développement et son financement à l'échelle continentale, en lui accordant un soutien politique et financier prioritaire, et en simplifiant les procédures administratives transfrontalières.

Perspectives et défis futurs

L'initiative T-MED s'inscrit dans le cadre plus large du pacte pour la Méditerranée, un accord ambitieux adopté à Barcelone en novembre 2025. Ce pacte note l'engagement régional et la volonté collective de tous les partenaires pour une transition énergétique réussie et durable. Ce cadre stratégique vise à structurer les efforts collectifs, à renforcer la coordination entre les pays et à consolider les partenariats dans la région méditerranéenne autour des enjeux énergétiques et climatiques.

La mise en œuvre réussie de T-MED est perçue comme un pilier essentiel pour concrétiser les objectifs ambitieux fixés par ce pacte. Elle doit permettre de surmonter les défis complexes liés à la coordination des projets transnationaux, au financement des infrastructures massives nécessaires et à l'harmonisation des cadres réglementaires. En offrant un cadre structuré et des mécanismes de soutien, T-MED aspire à débloquer le potentiel immense de la Méditerranée en tant que région productrice d'énergie propre, contribuant ainsi de manière décisive à la sécurité énergétique et à la lutte contre le changement climatique à l'échelle européenne et au-delà.