La perception d'un déclin de la langue française en Algérie fait l'objet de débats et d'analyses, notamment au sein de la presse. Le magazine Marianne a publié le 17 août 2025 un article intitulé « Ce n'est pas la langue qui est visée, c'est la mémoire que l'on efface : En Algérie, l'éradication du français est en marche ». Cette publication met en lumière une perspective selon laquelle la place du français serait menacée dans le pays, suggérant une volonté délibérée de réduire son influence. L'article de Marianne a alimenté les discussions sur les motivations derrière les changements linguistiques observés en Algérie.
En amont de cette parution, le professeur de sociologie et anthropologue Rabah Seba avait déjà partagé son point de vue sur la question. Rabah Seba, un spécialiste reconnu en sociologie et anthropologie, s'était exprimé dans une interview accordée à Marianne, publiée le 28 septembre 2023, contribuant ainsi à la discussion autour de l'évolution du statut de la langue française en Algérie. Ses analyses ont apporté un éclairage sur les dynamiques sociales et culturelles sous-jacentes aux politiques linguistiques.
Les origines d'une politique linguistique
La politique linguistique de l'Algérie post-indépendance trouve certaines de ses racines dans des décisions prises avant la souveraineté. Un décret signé par De Gaulle le 25 juillet 1961 concernait l'enseignement de la langue arabe dans les écoles primaires publiques des sections françaises en Algérie. Ce décret, promulgué dans un contexte pré-indépendance, visait à structurer l'intégration de l'arabe dans le système éducatif existant. L'article premier de ce décret stipulait que « L'enseignement de la langue arabe est organisé dans les écoles primaires publiques des sections françaises en Algérie, conformément aux dispositions des articles suivants ». Cette formulation mettait en place un cadre légal pour l'introduction systématique de l'arabe.
L'article 2 du même décret précisait que cet enseignement « sera obligatoire pour les élèves sans distinction, dans toutes les écoles pourvues du personnel enseignant nécessaire », ajoutant qu'une décision du délégué général en Algérie déterminerait annuellement la liste de ces établissements. Cette obligation soulignait l'importance accordée à la langue arabe. Le texte prévoyait également un développement progressif des capacités d'enseignement, afin de garantir la mise en œuvre effective de cette mesure. L'article 3 du décret détaillait un plan de création de postes d'enseignants d'arabe sur cinq années scolaires : 120 postes pour 1961-1962, 150 pour 1962-1963, 200 pour 1963-1964, 300 pour 1964-1965 et 400 postes pour 1965-1966. Ce plan quinquennal démontrait une vision à long terme pour renforcer l'enseignement de l'arabe.
Concernant le contenu de l'enseignement, l'article 4 du décret indiquait que « la langue enseignée sera l'arabe classique ou l'arabe dialectal, les élèves ayant la liberté de choisir l'un ou l'autre de ces enseignements ». Cette flexibilité reconnaissait la diversité linguistique et culturelle au sein de la population algérienne. Ces dispositions ont été prises quelques mois avant la signature des Accords d'Évian en mars 1962, qui ont mené à l'indépendance de l'Algérie. La mise en place de ces mesures avant la souveraineté nationale a jeté les bases des futures orientations linguistiques du pays.
Critiques et perceptions du changement
L'écrivain algérien Kamel Daoud a contribué au débat en publiant un éditorial dans le magazine français Le Point, intitulé « La langue française est immortelle parce... ». Son texte explorait la résilience de la langue française dans un contexte de discussions sur son avenir, offrant une perspective nuancée sur sa pérennité. L'article de Kamel Daoud a souligné l'ancrage de la langue française dans la culture et la pensée algérienne, au-delà des politiques étatiques.
Ahmed Tessa, décrit comme une figure ayant une longue expérience dans l'éducation, s'est distingué parmi les personnalités algériennes en s'opposant publiquement au projet du ministère de l'Éducation visant à réduire le statut du français dans les établissements scolaires du pays. Son intervention note les divergences d'opinions au sein de la société algérienne concernant l'orientation linguistique de l'enseignement. Ahmed Tessa, dont l'expertise dans le domaine éducatif est reconnue, a ainsi apporté une voix dissidente au débat, plaidant pour le maintien d'une place significative pour le français dans le système éducatif.
Un décret antérieur à l'indépendance algérienne abordait déjà la place de la langue arabe dans le système éducatif. L'article 5 de ce décret stipulait qu'« un examen d'arabe classique ou d'arabe dialectal sera ajouté à l'examen du certificat d'études primaires dans les sections françaises en Algérie ». Cette disposition illustre une volonté d'intégrer l'arabe dans le cursus scolaire, même avant la souveraineté complète. Ce même décret, signé par De Gaulle, avait déjà posé les bases d'un enseignement de la langue arabe dans les écoles primaires publiques des sections françaises en Algérie, en rendant son apprentissage obligatoire pour les élèves et en prévoyant le développement progressif de postes d'enseignants. La mise en place de cet examen complémentaire reflétait une reconnaissance institutionnelle de l'arabe, qu'il soit classique ou dialectal, comme composante du parcours éducatif, offrant un choix aux élèves. Ces mesures pré-indépendance ont préfiguré les efforts futurs de l'Algérie pour promouvoir l'arabe comme langue nationale et d'enseignement.
Une réorganisation, pas une extermination
Le magazine Le Point a publié le 25 juillet 2026 un article intitulé « Shakespeare vs. Molière en Algérie ». Cette publication s'inscrit dans le débat concernant la place des langues étrangères et nationales au sein du système éducatif et culturel algérien. L'article aborde la question de l'équilibre entre l'enseignement de l'anglais, langue perçue comme un vecteur d'ouverture sur le monde, et le maintien du français, langue historique de l'administration et de l'enseignement supérieur dans le pays. La discussion autour de cette thématique reflète les orientations stratégiques de l'Algérie en matière de politique linguistique, qui visent à renforcer l'arabe comme langue nationale tout en réévaluant la position des autres langues. La comparaison entre Shakespeare et Molière symbolise les choix auxquels le pays est confronté, notamment en ce qui concerne l'influence culturelle et éducative. Le texte du Point contribue ainsi à l'analyse des transformations en cours, suggérant une réorganisation des priorités linguistiques plutôt qu'une disparition totale du français. Il met en lumière les dynamiques complexes qui animent les discussions sur l'identité linguistique et l'avenir de l'éducation en Algérie, où les décisions prises aujourd'hui auront des répercussions sur les générations futures. Ces réorganisations sont souvent perçues comme des tentatives de rééquilibrage linguistique, cherchant à affirmer l'identité nationale tout en s'ouvrant aux langues internationales, sans pour autant éradiquer complètement les influences passées.