France s'inquiète du rapprochement algéro-allemand

La France surveille de près le partenariat croissant entre l'Algérie et l'Allemagne, perçu comme une source d'inquiétude pour Paris. Cette coopération algéro-allemande s'est étendue à des secteurs stratégiques et sensibles, englobant diverses formes d'énergie, des combustibles fossiles aux énergies propres, ainsi que l'industrie automobile. Les médias français ont mis en lumière ce rapprochement de l'Algérie avec Berlin, considérant l'Allemagne comme un concurrent de la France. Les autorités françaises estiment perdre un pays ami et un marché de proximité prometteur en raison de différends politiques et diplomatiques qui affectent les relations bilatérales.

Coopération énergétique et industrielle

« Plusieurs protocoles d'accord ont été signés dans divers secteurs, dont l'industrie et le numérique », a noté Radio France Internationale le dimanche 12 juin. Ces accords croissants entre l'Algérie et l'Allemagne, signés ces dernières années, visent à diversifier la production énergétique algérienne et à en exporter une partie vers l'Europe. Ces évolutions font suite aux résultats du premier sommet d'investissement algéro-allemand, qui s'est tenu l'année dernière.

Le principal projet conjoint entre les deux pays est le corridor « South 2 », un projet de gazoduc de 3 300 kilomètres destiné à transporter de l'hydrogène vert d'Afrique du Nord vers l'Europe. Ce projet ambitieux note l'orientation de la coopération vers les énergies renouvelables et l'approvisionnement futur de l'Europe. Deux accords ont également été signés en Algérie ces derniers jours. Le premier, financé par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement, porte sur la numérisation et la modernisation du réseau électrique algérien, un pas important vers l'amélioration des infrastructures énergétiques du pays. Le second accord a été conclu entre la société algérienne Sonatrach et l'entreprise allemande VNG AG pour le développement de projets d'hydrogène vert, renforçant ainsi la position de l'Algérie en tant que futur acteur majeur dans la production d'énergie propre.

Automobile : un marché convoité

La Chambre algéro-allemande de Commerce et d'Industrie a annoncé la semaine dernière l'arrivée en Algérie, fin juin, de six entreprises industrielles allemandes. Ces dernières exploreront les opportunités dans le secteur automobile algérien, un marché prometteur et en pleine évolution. La délégation de ces entreprises est spécialisée dans la fabrication automobile et la sous-traitance, et a été envoyée à la demande du ministère allemand de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie, soulignant l'intérêt stratégique de Berlin pour ce secteur. Ce développement intervient alors que l'ancienne usine Renault d'Oued Tlelat, près d'Oran, est à l'arrêt depuis près de six ans, laissant entrevoir un potentiel de marché à occuper pour de nouveaux acteurs. L'entrée prochaine du secteur automobile allemand sur le marché algérien est très attendue, avec la visite prévue de cette délégation spécialisée entre le 28 juin et le 3 juillet.

Contexte diplomatique et concurrentiel

Les observateurs français anticipent un renforcement des relations entre l'Algérie et Berlin lors de la visite officielle du président algérien Abdelmadjid Tebboune en Allemagne, prévue mi-juillet. Cette visite devrait consolider les liens déjà établis et potentiellement ouvrir la voie à de nouvelles collaborations. Selon les positions officielles algériennes, la France est tenue responsable de ces tensions diplomatiques, ce qui a pu favoriser le rapprochement de l'Algérie avec d'autres partenaires européens.

L'Italie a également établi une solide relation économique avec l'Algérie, principalement stimulée par le marché de l'énergie et le secteur automobile. Cette dynamique montre que l'Algérie diversifie activement ses partenariats économiques au-delà de ses liens historiques. La marque italienne Fiat est actuellement la seule marque automobile mondiale à produire des véhicules en Algérie et à les commercialiser sur le marché local, ce qui lui confère une position avantageuse.

Implications pour la France

La France demeure le principal perdant parmi les partenaires européens de l'Algérie, comparée à l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne. Ces pays ont su développer des relations économiques robustes avec Alger, notamment dans des secteurs clés comme l'énergie et l'automobile, tandis que la France voit son influence diminuer. Le secteur automobile allemand devrait entrer prochainement sur le marché algérien, suite à la visite prévue d'une délégation spécialisée entre le 28 juin et le 3 juillet, ce qui pourrait accentuer davantage la concurrence pour les entreprises françaises. Cette situation note les défis auxquels Paris est confronté pour maintenir sa position économique et diplomatique en Algérie face à une concurrence européenne de plus en plus affirmée.