Décoloniser le Savoir : Un Appel à la Libération de la Connaissance

من تحرير التاريخ إلى تحرير الثقافة
Photo via Echoroukonline

Le combat pour la décolonisation du savoir s'incarne notamment dans la figure de Mohamed Cherif Sahli, combattant algérien né en 1906 à Sidi Aïch, Béjaïa, dont l'appel à « حرّروا التاريخ » (Libérez l'Histoire) résonne. Sahli, qui a étudié à la Sorbonne et enseigné la philosophie dans des lycées parisiens, représente une génération confrontée à l'emprise coloniale sur le récit historique. Dès les années 1920, Sheikh Mubarak El-Mili avait déjà discerné cette tentative de « coloniser notre histoire » par la France. Ce mouvement met en lumière la nécessité de réexaminer et de libérer les récits du passé des perspectives coloniales. La démarche de décolonisation du savoir vise à déconstruire les narratifs imposés et à restaurer une compréhension plus authentique et plurielle de l'histoire et des cultures. Elle s'inscrit dans un processus plus large de réappropriation identitaire et épistémologique, essentiel pour les nations ayant subi le joug colonial.

L'Héritage de la Colonisation Intellectuelle

La « École du Diable » était le nom donné par la population à l'école française destinée aux Algériens, illustrant la perception négative de l'institution coloniale. Cette appellation reflétait une résistance culturelle face à un système éducatif perçu comme aliénant, cherchant à imposer une vision du monde étrangère et souvent dévalorisante des cultures locales. Mohamed Cherif Sahli, figure centrale du mouvement de décolonisation du savoir, a rejoint le Front de Libération Nationale (FLN), s'engageant ainsi activement dans la lutte pour l'indépendance de l'Algérie. Son engagement au sein du FLN soulignait la connexion profonde entre la libération politique et la décolonisation intellectuelle, reconnaissant que l'autonomie d'une nation passe aussi par la maîtrise de son propre récit. Dans ce contexte de réappropriation narrative, Sheikh Mubarak El-Mili a rédigé l'ouvrage intitulé « Histoire de l'Algérie dans l'Antiquité et la Modernité ». Ce texte représentait une tentative de construire un contre-récit historique, défiant les perspectives coloniales dominantes et offrant une vision indigène du passé algérien. L'œuvre d'El-Mili était une contribution significative à la restitution d'une histoire algérienne indépendante des influences étrangères, en mettant en lumière les racines profondes et la richesse d'une civilisation souvent ignorée ou déformée par le discours colonial.

Voix Contemporaines pour la Libération

Le chanteur britannique Cat Stevens, connu sous son nom musulman Yusuf Islam, a plaidé pour la décolonisation du savoir. « Nous devons libérer la production et la diffusion du savoir du colonialisme », a-t-il affirmé. Cette déclaration de Yusuf Islam a été rapportée dans le quotidien Al-Khabar le 14 mai 2026, à la page 21. Le musicien s'exprimait lors du « Forum mondial pour la libération du colonialisme », qui s'est tenu à Istanbul, en Turquie, les 11 et 12 mai 2026. Cette prise de position d'une figure publique internationale note la pertinence continue de cette thématique à l'échelle globale. Parallèlement, le philosophe français Roger Garaudy avait alerté sur les risques de partialité du savoir dans son ouvrage « Vers un dialogue des civilisations ». Son travail a contribué à une réflexion critique sur les fondements épistémologiques et les influences idéologiques qui peuvent biaiser la production et la transmission de la connaissance. La conversion de Cat Stevens à l'Islam l'a conduit à adopter le nom de Yusuf Islam, une transformation personnelle qui a également influencé son engagement en faveur d'une vision du monde plus équilibrée et décolonisée. Ces voix, qu'elles soient issues du monde académique, artistique ou religieux, convergent vers la même nécessité de réévaluer les cadres de pensée hérités du colonialisme.

La Nécessité d'un Savoir Désaliéné

Mohamed Cherif Sahli a laissé une injonction fondamentale, celle de « حرّروا التاريخ » (Libérez l'Histoire), qui constitue un pilier de la démarche de décolonisation du savoir. Cette phrase, attribuée à Sahli, cristallise l'idée que le récit historique doit être affranchi des influences et des biais coloniaux afin de retrouver son authenticité et sa pleine signification pour les peuples concernés. L'appel de Sahli à « libérer l'Histoire » met en lumière la nécessité d'une réappropriation narrative, essentielle pour les sociétés post-coloniales qui cherchent à reconstruire leur identité et leur avenir sur des bases solides et non altérées. La publication de son ouvrage sur la libération de l'histoire, survenue en 1965, a coïncidé avec la période suivant l'indépendance de l'Algérie. Ce moment a marqué une étape clé dans la reconstruction identitaire et épistémologique du pays, offrant une perspective indigène sur son passé. L'ouvrage de Sahli s'inscrivait ainsi dans un mouvement plus large visant à déconstruire les récits imposés et à forger une compréhension du monde désaliénée, capable de reconnaître la pluralité des expériences humaines et la richesse des savoirs non-occidentaux. La décolonisation du savoir est un processus continu, exigeant une vigilance constante et un engagement renouvelé pour garantir que l'histoire soit racontée par ceux qui l'ont vécue, dans toute sa complexité et sa vérité.