La Chambre nationale des experts comptables algériens s'apprête à introduire de nouvelles règles d'audit pour les institutions financières et boursières du pays. La mise en place de ces directives représente la première codification officielle de l'éthique professionnelle en Algérie depuis la promulgation de la loi 10-01 en 2010. Ces mesures visent à renforcer la transparence et la fiabilité des pratiques d'audit dans le secteur financier algérien. Des précisions sur ces nouvelles règles sont attendues prochainement, marquant une étape significative dans la régulation de la profession.
Convocations de l'Assemblée Générale
L'Assemblée Générale de la Chambre nationale des experts comptables algériens est convoquée pour le 9 juillet. Au cours de cette réunion clé, l'assemblée doit approuver l'avant-projet de code d'éthique et de déontologie professionnelle des experts-comptables, édition 2026. Cette approbation est un jalon essentiel pour la mise en œuvre des nouvelles régulations. Ce texte élabore un cadre régissant les activités des professionnels du secteur, assurant une meilleure conformité aux standards internationaux et une plus grande protection des intérêts publics.
Nouveau code d'éthique et de déontologie
L'avant-projet de code comprend 85 articles, répartis en 13 chapitres, couvrant divers aspects de la pratique professionnelle des experts-comptables. Cette structure détaillée permet d'aborder de manière exhaustive les défis contemporains de l'audit et de la comptabilité.
Il établit notamment le concept de la double indépendance pour les experts-comptables, distinguant l'indépendance d'esprit de l'indépendance d'apparence. L'indépendance d'esprit fait référence à l'état d'esprit qui permet à un professionnel d'exprimer une conclusion sans être affecté par des influences qui compromettent son jugement professionnel, agissant ainsi avec intégrité, objectivité et scepticisme professionnel. L'indépendance d'apparence, quant à elle, concerne l'absence de faits et de circonstances si importants qu'un tiers bien informé et raisonnable pourrait raisonnablement conclure que l'intégrité, l'objectivité ou le scepticisme professionnel d'un expert-comptable ont été compromis. Cette distinction vise à garantir l'objectivité et l'impartialité des auditeurs dans l'exercice de leurs fonctions, renforçant ainsi la confiance du public dans les rapports financiers.
La section disciplinaire du code consacre onze articles à la responsabilité civile, pénale et disciplinaire des professionnels. Ces articles définissent précisément les cadres dans lesquels les experts-comptables peuvent être tenus responsables de leurs actes ou omissions, soulignant l'importance de la diligence et de la conformité aux normes professionnelles. Ces dispositions détaillent les obligations des experts-comptables et les conséquences en cas de manquement à leurs devoirs. Les pénalités prévues par le code s'échelonnent de l'avertissement au blâme, incluant la suspension temporaire de l'exercice de la profession, et pouvant aller jusqu'à la radiation définitive, garantissant ainsi une application rigoureuse des règles éthiques.
Renforcement des obligations pour les auditeurs
Des conditions plus strictes sont imposées aux missions d'audit dans les banques, les institutions financières, les compagnies d'assurance et les sociétés cotées en bourse. Ces secteurs, cruciaux pour la stabilité économique, requièrent une vigilance accrue et des standards d'audit irréprochables. De nouvelles dispositions régulent l'utilisation de l'intelligence artificielle et de la technologie par les professionnels du secteur. Elles reconnaissent l'évolution rapide des outils technologiques et encadrent leur usage pour garantir la fiabilité des audits tout en exploitant leur potentiel d'efficacité.
Ces nouvelles dispositions visent également à renforcer la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, des enjeux majeurs pour l'intégrité du système financier international. Un mécanisme pour la réponse aux violations des lois et règlements (NOCLAR) est par ailleurs introduit. Ce mécanisme oblige les professionnels à prendre des mesures appropriées lorsqu'ils identifient ou suspectent des violations des lois et règlements par leurs clients ou leur employeur, renforçant ainsi leur rôle de sentinelles de la conformité.
Le système disciplinaire est également renforcé par ces nouvelles règles. Les experts-comptables ont l'obligation de déclarer toute procédure judiciaire ou condamnation dans un délai maximum de 15 jours. Cette exigence vise à assurer que la Chambre nationale dispose d'informations à jour sur la conduite de ses membres et puisse agir en conséquence pour maintenir l'intégrité de la profession.
Le devoir de confidentialité est étendu pour couvrir les données traitées, stockées ou transmises électroniquement, y compris les services basés sur le cloud. Cette extension est essentielle à l'ère numérique, où les informations sensibles sont de plus en plus gérées et partagées via des plateformes numériques. Le code définit les obligations de l'expert-comptable en matière de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, notamment par la vigilance, l'application des mesures de diligence raisonnable à l'égard de la clientèle et la déclaration de soupçons. Ces mesures sont conformes aux meilleures pratiques internationales en la matière et visent à faire des experts-comptables des acteurs clés dans la prévention de ces crimes financiers.
Alignement international et perspectives futures
Ce code s'aligne sur les dernières normes internationales d'éthique professionnelle établies par l'IFAC (Fédération Internationale des Experts Comptables) et l'IESBA (Conseil des Normes Internationales d'Éthique des Experts-Comptables), dans leurs éditions de 2024 et 2025. Cette harmonisation vise à intégrer les pratiques algériennes aux standards mondiaux, facilitant la reconnaissance mutuelle des qualifications et renforçant la crédibilité des professionnels algériens sur la scène internationale. L'alignement sur ces standards est clé pour la réputation et le développement du secteur financier algérien.
Le nouveau texte autorise par ailleurs l'utilisation d'outils d'analyse de données et de l'intelligence artificielle par les professionnels. Cette autorisation reconnaît les avantages que ces technologies peuvent apporter en termes d'efficacité et de profondeur d'analyse dans les missions d'audit. Il est précisé que la responsabilité finale du jugement professionnel et des conclusions demeure intégralement celle de l'expert-comptable, même lors de l'utilisation de ces technologies avancées. Cette clause note l'importance de l'expertise humaine et du jugement critique, même face à l'automatisation croissante.
Le code intègre également des dispositions prospectives concernant les normes d'assurance en matière de durabilité, dont l'entrée en vigueur est prévue à partir de décembre 2026. Ces normes anticipent une demande croissante d'informations non financières et d'audits liés à la performance environnementale, sociale et de gouvernance (ESG), positionnant l'Algérie à l'avant-garde des pratiques d'audit durable. Ces ajouts préparent la profession aux défis futurs et aux attentes des parties prenantes concernant la responsabilité sociétale des entreprises.